Bureaux · Droit du travail · 31/10/2026 · 6 min de lecture
Mobilier de bureau : ce que le Code du travail impose vraiment
Entre les obligations légales, les normes volontaires et les arguments commerciaux, le dirigeant qui équipe ses bureaux a du mal à faire le tri. Voici les articles qui s’appliquent, et ce qu’ils exigent concrètement du mobilier.
Par Paul Guez, fondateur et dirigeant de Soul Design

L’essentiel
- La loi impose peu de cotes mais des résultats : un siège approprié pour chacun, assez d’espace pour bouger, un poste sur écran réglable et un éclairage minimal mesuré.
- Les normes (NF EN 1335 pour les sièges, NF X35-102 pour les surfaces) ne sont pas obligatoires en elles-mêmes, mais elles sont le moyen le plus simple de prouver qu’on a bien fait.
- Un réaménagement important des postes se discute avec le CSE dans les entreprises qui en ont un : il faut l’intégrer au calendrier du projet.
Quand une entreprise renouvelle ses bureaux, on entend souvent « c’est la norme » à propos d’une hauteur de table, d’un siège ou d’une surface par personne. Parfois c’est vrai, souvent c’est une recommandation, et quelquefois c’est simplement l’usage. La distinction compte : une obligation légale engage la responsabilité de l’employeur, une norme volontaire sert surtout de preuve. Voici ce que dit réellement le Code du travail sur le mobilier, article par article.
Le principe : une obligation de sécurité, pas un catalogue
Tout part de l’article L. 4121-1 : l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Le Code ne fournit pas une liste de meubles agréés ; il fixe des résultats à atteindre et laisse l’employeur choisir les moyens. C’est pour cela que l’évaluation des risques, consignée dans le document unique, doit aussi couvrir les postes de bureau : postures, travail sur écran, éclairage, bruit.
Chaque salarié doit-il avoir un siège ?
Oui. L’article R. 4225-5 est bref : « Un siège approprié est mis à la disposition de chaque travailleur à son poste de travail ou à proximité de celui-ci. » Il vaut pour tous les postes, y compris ceux où l’on travaille debout (accueil, comptoir, atelier), où le siège doit être accessible à proximité.
Pour le travail sur écran, l’article R. 4542-9 précise que le siège est, « s’il y a lieu, adaptable en hauteur et en inclinaison » et qu’un repose-pieds est mis à disposition de ceux qui le demandent. Le mot « approprié » laisse une marge d’appréciation ; la norme NF EN 1335 permet de la réduire en décrivant les dimensions et réglages d’un siège de bureau. Notre guide choisir un siège de bureau ergonomique la détaille.
Quelle place autour du poste ?
Deux articles traitent de l’espace. Le premier, R. 4214-22, s’adresse au maître d’ouvrage qui conçoit les locaux : l’espace libre au poste de travail, « compte tenu du mobilier », doit laisser une liberté de mouvement suffisante. Le second, R. 4542-10, s’applique au travail sur écran : les dimensions et l’aménagement du poste doivent laisser assez de place pour changer de position et se déplacer.
Aucun de ces articles ne donne un nombre de mètres carrés. Le repère chiffré vient de la norme NF X35-102 (au moins 10 m² par personne dans un bureau collectif, 15 m² dans un espace bruyant), que nous expliquons dans le guide combien de m² par poste de travail. C’est une recommandation, mais c’est aussi la référence qu’utilisent les ergonomes et les services de prévention.
Que dit le Code sur l’écran, le clavier et le plan de travail ?
La section consacrée aux équipements à écran est la plus précise du Code sur le mobilier :
- L’écran est orientable et inclinable, sans reflets gênants, et peut être installé sur un pied séparé ou une table réglable (R. 4542-6).
- Le clavier est inclinable, dissocié de l’écran, avec assez d’espace devant lui pour appuyer les mains et les avant-bras (R. 4542-7).
- Le plan de travail a une surface peu réfléchissante et des dimensions suffisantes pour déplacer l’écran, le clavier, les documents et les accessoires ; le support de documents est stable et réglable (R. 4542-8).
- Le temps d’écran est périodiquement interrompu par des pauses ou des changements d’activité (R. 4542-4).
Pour le mobilier, deux conséquences pratiques. Un plateau laqué brillant ou en verre clair est un mauvais choix pour un poste de travail : il renvoie la lumière vers les yeux. Et un bureau de 120 cm de large, encombré d’un double écran, d’un ordinateur portable et d’une imprimante, ne laisse souvent plus « l’espace devant le clavier » que demande le texte.
Quel éclairage minimal ?
L’article R. 4223-4 fixe des minimums mesurés au plan de travail : 120 lux dans les locaux de travail, 200 lux dans les locaux aveugles affectés à un travail permanent, 40 lux dans les circulations intérieures. Ce sont des planchers de sécurité, très en dessous du confort visuel : la norme NF EN 12464-1, présentée dans notre guide éclairage d’un poste de travail, retient 500 lux pour l’écriture et la saisie. Les lampes de bureau et suspensions que nous fournissons complètent l’éclairage général ; elles ne le remplacent pas.
Faut-il consulter le CSE avant de changer le mobilier ?
Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, le comité social et économique est informé et consulté, notamment, sur « tout aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail » (article L. 2312-8). Le passage d’un bureau fermé à un open space, ou l’introduction du flex office, entrent typiquement dans ce cadre ; le simple remplacement de sièges à l’identique, beaucoup moins. En cas de doute, votre juriste ou votre conseil tranchera ; ce qui est certain, c’est que la consultation prend du temps et doit figurer dans le planning (voir les étapes d’un projet d’aménagement).
Normes ou obligations : comment s’y retrouver ?
| Sujet | Obligation (Code du travail) | Référence volontaire utile |
|---|---|---|
| Siège | Siège approprié pour chacun ; réglable sur écran (R. 4225-5, R. 4542-9) | NF EN 1335 |
| Surface | Liberté de mouvement suffisante (R. 4214-22, R. 4542-10) | NF X35-102 : 10 à 15 m² par personne |
| Plan de travail | Peu réfléchissant, assez grand (R. 4542-8) | NF EN 527-1 (dimensions des bureaux) |
| Éclairage | 120 lux minimum au poste (R. 4223-4) | NF EN 12464-1 : 500 lux pour la saisie |
Notre recommandation : exigez du fournisseur les références de conformité aux normes pour chaque pièce, et gardez-les dans le dossier du projet. C’est ce que nous transmettons avec nos aménagements de bureaux ; c’est aussi ce qui facilitera le dialogue avec le médecin du travail ou l’inspection si la question se pose un jour.
Sources
- Code du travail, art. L. 4121-1, L. 2312-8, R. 4214-22, R. 4223-4, R. 4225-5, R. 4542-4 à R. 4542-10, via code.travail.gouv.fr (consultés le 31/10/2026).
- AFNOR, normes NF X35-102, NF EN 1335, NF EN 527-1 et NF EN 12464-1, présentées dans nos guides.
Questions fréquentes
La norme NF EN 1335 est-elle obligatoire pour un siège de bureau ?
Non, la norme n’est pas rendue obligatoire par un texte. Le Code du travail exige un siège approprié, réglable en hauteur et en inclinaison s’il y a lieu pour le travail sur écran ; la conformité à la NF EN 1335 est la façon la plus simple de démontrer que le siège répond à cette exigence.
Combien de lux faut-il au minimum dans un bureau ?
L’article R. 4223-4 du Code du travail fixe un minimum de 120 lux au plan de travail dans les locaux de travail et de 200 lux dans les locaux aveugles affectés à un travail permanent. La norme NF EN 12464-1 recommande 500 lux pour l’écriture et la saisie.
Un salarié peut-il demander un repose-pieds ?
Oui. Pour le travail sur écran, l’article R. 4542-9 prévoit qu’un repose-pieds est mis à la disposition des travailleurs qui en font la demande.
Le passage en open space doit-il être soumis au CSE ?
Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, le CSE est consulté sur tout aménagement important modifiant les conditions de travail ou de santé et de sécurité (art. L. 2312-8). Le passage en open space ou en flex office relève généralement de ce cas.


